La valeur ajoutée du rédacteur

Publié le Publié dans Conception-rédaction

Par Marie-Laure Piérard, juin 2010.

Parce que chacun sait lire et écrire, certains pensent parfois que rédiger un bon texte est un exercice à la portée de tout le monde. Cette idée fausse repose sur une méconnaissance de ce qu’est, en réalité, le processus de l’écriture.

Rédiger, ce n’est pas seulement “ mettre en forme ”, formuler de manière adéquate des idées préexistantes. Le travail de rédaction est un processus beaucoup plus subtil qui relève de la maïeutique.

En partant des éléments qu’il a à sa disposition — brief, interviews réalisés par lui, documents existants, recherches personnelles — et dont il effectue la synthèse, le concepteur-rédacteur contribue à mettre au jour une réalité, comme un sculpteur dégageant une forme de sa gangue de pierre. Le discours qu’il élabore n’est pas une simple juxtaposition d’informations : qu’il s’agisse d’un rapport d’activité, d’une brochure institutionnelle ou commerciale, d’un article de presse d’entreprise, d’un dossier ou d’un communiqué de presse, il constitue un ensemble homogène doté d’une véritable dimension créative.

Cette dimension créative est présente même dans les sujets les plus techniques et les plus austères en apparence. Elle s’exprime à travers le choix judicieux des accroches, titres, intertitres, mais aussi à travers l’architecture du texte, la fluidité du style, la souplesse des enchaînements. Un bon texte doit “ couler de source ”, se lire avec facilité, rendre clair ce qui est obscur.

L’écriture est un exercice d’éclaircissement. A travers le choix des mots — ces “ mystérieux passants de l’âme ” —, la construction et l’enchaînement des phrases, s’opère une sorte de “ décantation ” de la pensée : on écrit pour savoir ce que l’on a à dire. On accouche en quelque sorte de sa propre pensée.
Les informations ne constituent que le matériau de base de ce processus créatif, qui aboutit à un objet nouveau et unique : on n’écrit jamais deux fois exactement le même texte ; en partant des mêmes informations, deux personnes différentes écriront deux textes différents.

Parce qu’il est entraîné en permanence à la “ gymnastique rédactionnelle ”, et qu’il possède une certaine distance avec les sujets qu’il traite, le concepteur- rédacteur est à même d’accomplir avec aisance ce travail créatif, qui peut se révéler extrêmement pénible et laborieux pour ceux dont ce n’est pas le métier.
Parce qu’il a du recul, il distingue mieux l’essentiel de l’accessoire, et peut ainsi restituer une information efficace et bien structurée.

Parce qu’il a du métier et du talent, il sait trouver les mots justes, les formules percutantes.
Parce qu’il sait faire preuve d’empathie, il est capable de se mettre à la place de son lecteur pour lui tenir un discours clair, aisément compréhensible, qui répond à ses attentes.

Le résultat d’un bon travail de conception-rédaction est un texte intéressant et qui se lit sans effort.

C’est précisément cette facilité de lecture qui donne au lecteur l’idée fausse que l’écriture est facile. “ N’importe qui pourrait en faire autant. “ Je pourrais facilement écrire cela, il suffirait que je m’y mette. ” Seuls ceux “ qui s’y sont mis ” savent à quel point l’exercice est ardu, et reconnaissent à son juste prix la valeur ajoutée du concepteur-rédacteur.

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