Choisir un journaliste d’entreprise

Publié le Publié dans Journalisme d'entreprise

Par Jean-Yves Garel. Février 2012.

Choisir un journaliste d’entreprise n’est pas une mince affaire. Les déconvenues sont fréquentes lors de la remise du texte. D’où l’intérêt de se poser les bonnes questions avant de s’engager avec un prestataire et de le tester progressivement avant de lui confier des dossiers importants. 

Pour éviter d’être déçu à la remise des textes, voici une stratégie de recrutement des journalistes d’entreprise fondée tout simplement sur le bon sens.

1- Evaluer les compétences du journaliste d’entreprise

Par ordre d’entrée en scène, et également d’importance (la capacité rédactionnelle vient en dernier) :

a- La compréhension.

Etre en position de comprendre un sujet ne signifie pas forcément en être un hyper spécialiste. Au contraire, un bon journaliste d’entreprise saura s’adapter à la nouveauté. Mieux, celle-ci représentera pour lui un défi excitant, propre à satisfaire sa curiosité d’esprit et stimuler sa créativité.

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Néanmoins, pour être opérationnel sur un thème, il est impossible de partir du zéro absolu. Il est nécessaire d’avoir :

1/ des connaissances sur une partie du sujet,
2/ des connaissances encycopédiques sur le contexte ou « l’enveloppe » du sujet. Par exemple : l’urbanisme, le droit public, le droit des affaires, l’économie d’entreprise, la finance, l’informatique, l’organisation industrielle…

b- La volonté de se documenter

Les deux conditions présentées ci-dessus n’excluent pas un travail de documentation préalable avant de se lancer dans les interviews.

monkey businessDeux cas de figure peuvent se présenter :

1/ La thèmatique de l’article est inconnue du journaliste d’entreprise, tout en lui restant accessible car relevant d’une catégorie de connaissances qu’il maîtrise. Un exemple : il connaît l’univers de l’énergie électrique et de la conduite de process industriel, mais n’a qu’une vague idée de ce qu’est la production nucléaire. Il lui est proposé de réaliser un reportage dans une centrale nucléaire. Un travail de préparation relativement lourd est à prévoir (la lecture de quelques livres sur l’énergie nucléaire est nécessaire)

Problème : cette préparation, qui doit être considérée comme un investissement par le journaliste d’entreprise, ne sera rentable pour celui-ci que si la collaboration avec son client est appelée à durer. Il y a donc un intérêt partagé entre le journaliste d’entreprise et son commanditaire : s’engager à moyen terme à travailler ensemble.

2/ La thématique de l’article est bien connue du journaliste d’entreprise. Il est en mesure d’interviewer un spécialiste sans difficulté. Pour autant, il aura tout à gagner – avant et après l’interview – à jeter un oeil sur Internet pour glaner quelques informations complémentaires.

c- La capacité d’entrer dans une problématique de communication

Pendant l’interview et durant la rédaction, un bon journaliste d’entreprise doit jouer son rôle de conseil en communication. C’est-à-dire penser « cible » et « messages ». Eventuellement, il doit même avoir le « culot » de recadrer son interviewé si celui-ci part dans une direction n’ayant que peu d’intérêt vis-à-vis de l’objectif de communication. Voir sur ce sujet mon article sur l’aide au positionnement.

concepteur-redacteurd- L’esprit d’analyse et de synthèse

Nos commanditaires nous demandent des articles de plus en plus courts. C’en est parfois frustrant, lorsque l’on a rempli sa besace d’informations passionnantes dont on est sûr qu’elles intéresseront les lecteurs. C’en est parfois ridicule lorsque des interviews diplomatiques nous conduisent à contacter six ou sept personnes pour écrire un feuillet. Mais c’est ainsi. Les articles ont un calibrage donné. Il faut s’y tenir. Ce qui veut dire aller à l’essentiel et évacuer – en fonction de l’angle – les informations dont on peut se passer et choisir un cheminement des idées logique, compréhensible, démonstratif, persuasif… Tout un art, qui se perfectionne avec l’expérience, mais se présente toujours comme un défi passionnant pour celui qui aime se confronter à la page blanche. Votre candidat journaliste d’entreprise a-t-il cette vibration ? Ou cherche-t-il seulement à boucler sa fin de mois ? A vous de le deviner.

e- La maîtrise du rédactionnel print et/ou on line

Certains d’entre nous ne maîtrise qu’un style et ne sont adaptés qu’à une catégorie de sujets et d’approches rédactionnelles. D’autres sont capables d’adapter leur plume à des supports et des angles très différents. Là, ce n’est pas trop compliqué. Prenez la peine de lire le book de votre candidat.

Par ailleurs, sait-il utiliser les niveaux de lectures, la titraille, les encadrés, la mise en scène de l’information… c’est-à-dire tous les trucs qui font qu’un journaliste d’entreprise peut mettre le mot « journaliste » devant « entreprise » et se différencie de l’écrivaillon du dimanche.

Enfin, entre « en ligne » aujourd’hui – si je peux m’exprimer ainsi – une autre compétence : l’adaptation au support « on line », s’il s’agit d’écrire pour une e-Newsletter. Avec non seulement l’utilisation des liens hypertexte et des ancres, mais aussi et surtout le minimum que tout rédacteur doit mettre en oeuvre pour faciliter le référencement par les moteurs de recherche de ses articles. Un exemple : comptez le nombre de « journaliste d’entreprise » de cet article et étudiez leur placement. L’indice de fréquence d’une expression clé dans un texte est l’un des instruments du référencement. Il y en a bien d’autres… sans pour autant qu’il soit nécessaire pour le journaliste d’entreprise de connaître les aspects purement techniques du référencement. Voir à ce propos mon article « Rédacteur référenceur, le métier qui n’existe pas ».

2- Comment tester votre journaliste d’entreprise

Devant tous ces aléas, toutes ce bonnes questions auxquelles il est si difficile de répondre, il n’y a deux solutions :

a- Première méthode : par la longueur des articles

– d’abord un article très court, basé sur une interview, qui pourra facilement être réécrit ou remplacé par une photo ou un autre article si le résultat n’est pas bon. Un millier de signes. Pas plus.
– puis monter progressivement en longueur, si possible avec des interviewés que l’on connait et que l’on pourra recontacter si nécessaire pour obtenir un complément d’information.
– ensuite, si tout va bien, c’est le paradis.

b- Deuxième méthode : par l’accompagnement

Plus coûteuse, mais moins risquée, cette méthode consiste à réaliser les premières interviews pour les premiers articles à deux (la nouvelle recrue + le journalise d’entreprise expérimenté), que ce soit en se déplaçant ou en conférence téléphonique. J’ai été agréablement surpris de m’apercevoir que les interviewés acceptent très facilement cette situation, dont ils comprennent immédiatement la raison. Ils trouvent toujours intéressant que l’on prenne le temps de former quelqu’un.

Evidemment, l’idéal est de panacher les deux solutions.

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